Vivre entre la France et les États-Unis implique naturellement d’être exposé à deux devises. Pour autant, le risque de change est souvent mal interprété. Il est régulièrement perçu comme un risque central, alors qu’il doit être analysé dans un ensemble plus large : fiscalité, rendement et structuration du patrimoine. La question n’est donc pas de savoir si le dollar va monter ou baisser, mais comment intégrer cette exposition dans une stratégie patrimoniale cohérente.
1. Le risque de change existe, mais il n’est pas toujours déterminant
Un Français installé aux États-Unis construit généralement un patrimoine en dollars : revenus, actifs financiers, immobilier, participation dans une entreprise. Dès lors qu’un projet en euros apparaît, retour en France, retraite, transmission, une exposition au taux de change EUR/USD se matérialise.
Cependant, ce risque reste souvent secondaire par rapport à d’autres paramètres. Les écarts de fiscalité entre les deux pays peuvent avoir un impact bien plus significatif sur le rendement net.
La convention fiscale franco-américaine permet d’éviter les doubles impositions dans de nombreux cas, mais elle crée aussi des arbitrages complexes qu’il faut intégrer en amont.
Source : https://www.impots.gouv.fr/les-conventions-internationales
Une décision basée uniquement sur le change peut donc conduire à des choix sous-optimaux si elle dégrade la fiscalité ou la performance globale.
2. Le rapatriement total : une approche rarement optimale
Une réaction fréquente consiste à vouloir convertir l’ensemble de son patrimoine en euros pour “sécuriser” sa situation. Dans la pratique, cette approche est rarement optimale.
Elle peut limiter l’accès à certains supports d’investissement, entraîner une fiscalité moins favorable et réduire le potentiel de rendement à long terme. Les marchés américains ont historiquement offert des performances supérieures sur les actions, ce qui reste un élément structurant dans une allocation internationale.
Source : https://www.spglobal.com/spdji/en/indices/equity/sp-500/#overview
La logique n’est donc pas de choisir entre États-Unis et Europe, mais de construire une allocation équilibrée.
3. Une approche pragmatique : le matelas de sécurité en euros
Plutôt que de chercher à couvrir intégralement le risque de change, une approche plus efficace consiste à raisonner en fonction des besoins.
Conserver une partie de son patrimoine en euros peut permettrede sécuriser les dépenses à court et moyen terme. Dans de nombreux cas, cela représente un à trois ans de dépenses, voire davantage pour les profils plus prudents.
Ce matelas en euros permet de lisser les variations de change, d’éviter des conversions défavorables et de sécuriser la liquidité nécessaire. Le reste du patrimoine peut rester investi dans une logique de long terme, sans dépendre du niveau du taux de change au moment du transfert.
4. Couvrir le risque de change : une décision contextuelle
La couverture du risque de change peut être pertinente dans certaines situations, notamment en cas de retour à court terme ou de besoin identifié en euros.
Elle dépend principalement de l’horizon d’investissement, de la devise des dépenses futures et du niveau de tolérance à la volatilité. Les solutions existent, mais elles ont un coût et peuvent réduire la performance.
Dans de nombreux cas, une couverture indirecte via la diversification ou une allocation partielle en euros est suffisante. L’objectif n’est pas d’éliminer le risque, mais de le rendre acceptable dans une stratégie globale.
5. Investir en Europe : une opportunité à encadrer
Un dollar fort peut rendre les actifs européens plus accessibles. Cela peut créer des opportunités, notamment en immobilier ou dans des investissements directs.
En revanche, certains investissements financiers européens posent des contraintes pour les profils fiscalement liés aux États-Unis. Les règles relatives aux Passive Foreign Investment Companies (PFIC) peuvent entraîner une fiscalité pénalisante et une complexité déclarative importante.
Source : https://www.irs.gov/instructions/i8621
Ces éléments doivent être analysés avant toute allocation hors des États-Unis.
6. Une stratégie qui dépend du profil fiscal
La gestion du risque de change dépend fortement du statut de l’investisseur.
Un citoyen américain ou détenteur de green card aura intérêt à maintenir une exposition significative aux actifs américains, avec une vigilance accrue sur les investissements étrangers.
À l’inverse, un Français qui prévoit un retour durable en France pourra progressivement réorienter son allocation, avec une gestion plus active du change.
Il n’existe donc pas de solution unique, mais des stratégies adaptées à chaque situation.
7. Garder une approche disciplinée
Les fluctuations de change s’inscrivent dans un environnement global de volatilité. Historiquement, les marchés financiers ont traversé des cycles économiques majeurs tout en maintenant des performances de long terme.
Source : https://www.spglobal.com/spdji/en/research-insights/sp-500-historical-returns/
Dans ce contexte, il est essentiel d’éviter les décisions émotionnelles liées aux variations de court terme. Une allocation structurée, cohérente avec ses objectifs et son profil de risque, reste le principal levier de performance.
Conclusion
Le risque de change est une réalité pour les investisseurs entre la France et les États-Unis, mais il ne doit pas être isolé du reste de la stratégie patrimoniale.
Fiscalité, rendement et structuration ont généralement un impact plus déterminant sur la performance globale. L’enjeu n’est pas de prédire l’évolution du dollar ou de l’euro, mais de construire un patrimoine capable d’absorber ces variations dans la durée.
Adrien Eyraud
Partner – USA France Financials Group™
Les prochaines communications écrites pourraient être rédigées uniquement en anglais. Ce document est fourni exclusivement à des fins pédagogiques et ne constitue pas un conseil spécifique ou fiscal. Les lois sont susceptibles de changer ; il appartient à chaque personne de consulter un professionnel pour examiner sa situation particulière.Code de conformité 8902427.1