La musique devait forcément s’arrêter...
Ce que signifie réellement le repli de ce trimestre, et pourquoi la diversification a toujours été la bonne réponse
Il existe un vieil adage à Wall Street : les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Pendant près de trois ans, les « Magnificent Seven », Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla, semblaient déterminés à prouver le contraire.
Ils ont dominé les titres, dominé les performances des indices et dominé les portefeuilles des investisseurs d’une manière rarement observée dans l’histoire des marchés. À leur apogée, ces sept entreprises représentaient plus d’un tiers de l’ensemble du S&P 500 en capitalisation boursière. Lorsqu’un petit nombre d’actions pèse autant, l’indice devient moins un reflet de l’économie globale qu’un verdict sur un très petit groupe de très grandes entreprises.
Au premier trimestre 2026, la musique s’est arrêtée, au moins temporairement. Et, soyons honnêtes, cela était probablement inévitable.
Ce qui s’est passé ce trimestre
Le premier trimestre a été inconfortable à presque tous les égards. Le S&P 500 a reculé d’environ 4,6 %, et le Nasdaq de plus de 7 %, soit le pire début d’année pour ces deux indices depuis 2022, lorsque l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait secoué les marchés mondiaux.
Cette fois-ci, la cause immédiate a été la frappe militaire américaine et israélienne contre l’Iran fin février, qui a fortement fait monter les prix du pétrole et déclenché une vague de ventes globales (« risk-off »). Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, est devenu un point de tension, faisant grimper les prix de l’énergie et ravivant les craintes d’inflation, alors même que la Réserve fédérale pensait avoir presque terminé son travail.
Les « Magnificent Seven » ont été les plus touchées. Les sept actions ont terminé le trimestre en baisse. Microsoft a chuté d’environ 21 %, suivie de près par Amazon, Nvidia et Tesla. Apple a été la « moins mauvaise », avec une baisse d’environ 6 %. L’ETF Roundhill Magnificent Seven a reculé à deux chiffres.
C’est le quoi. Mais la question la plus importante est le pourquoi, et la réponse comporte deux dimensions.
Un déclencheur… et quelque chose de plus profond
Le choc géopolitique est réel. Les hausses du prix du pétrole sont historiquement perturbatrices, et un conflit élargi au Moyen-Orient soulève de vraies inquiétudes concernant l’inflation, les chaînes d’approvisionnement et la croissance mondiale.
Mais attribuer toute la baisse à la guerre en Iran serait passer à côté d’un phénomène plus fondamental déjà en cours.
La rotation hors des grandes valeurs technologiques avait en réalité commencé dès novembre, bien avant les événements. Les actions américaines avaient progressé pendant neuf mois consécutifs entre mai 2024 et janvier 2025, la plus longue série depuis 2018. Les « Magnificent Seven » avaient été le moteur de cette hausse, atteignant des valorisations comparables à celles de la bulle internet.
Quand la performance est aussi concentrée et aussi chère, elle devient fragile. Les marchés finissent toujours par reconnaître quand une bonne histoire est déjà intégrée dans les prix.
Ce que nous avons observé ce trimestre n’était pas seulement de la peur. C’était aussi un retour à la moyenne, une force que tous les investisseurs connaissent, mais qui surprend toujours lorsqu’elle se manifeste.
Même les années positives comportent des phases de turbulence. En 2025, le marché avait chuté jusqu’à 19 % avant de terminer l’année en hausse de 18 %. Ce recul semblait inquiétant sur le moment, mais il a en réalité préparé le rebond.
Les événements géopolitiques et le long terme
Il est utile de s’arrêter sur la dimension géopolitique, car l’envie « d’agir » en période de crise est naturelle.
Pourtant, l’histoire montre systématiquement le contraire.
Des événements comme la crise des missiles de Cuba, les attentats du 11 septembre ou l’annexion de la Crimée ont tous suivi le même schéma :
perturbation à court terme
reprise par la suite
Même les événements perçus comme des tournants majeurs pour l’ordre mondial n’ont eu qu’un impact temporaire sur les marchés.
Votre plan financier a été conçu pour cela
Voici un point essentiel : si vous avez un plan financier solide, ce type de baisse était déjà prévu.
Pas cette baisse précise, ni cette cause précise, mais une baisse, à un moment donné. C’est intégré dans chaque plan.
Les plans sont construits en intégrant des périodes de recul. Ils ne supposent jamais une progression linéaire des marchés.
Donc un trimestre comme celui-ci n’est pas une anomalie.
C’est une composante normale du plan.
Quand un investisseur est préparé, la réaction est simple :
rester investi
rééquilibrer si nécessaire
laisser le temps faire son travail
À l’inverse, l’impréparation pousse à des décisions coûteuses (vente, attente, réactions émotionnelles).
La diversification validée une fois de plus
C’est ici que la situation devient intéressante.
Les portefeuilles diversifiés ont nettement mieux résisté.
Pendant que les « Magnificent Seven » chutaient :
le S&P 500 équipondéré a surperformé
les marchés internationaux sont restés solides
le FTSE All-Share britannique a progressé de +2,4 %
les obligations ont joué leur rôle de stabilisateur
Conclusion :
La diversification n’est pas une théorie. C’est une réalité observable.
Le risque : ce qu’il signifie vraiment
Beaucoup associent le risque à la perte totale.
En réalité, en finance, le risque correspond surtout à la volatilité.
Une mauvaise période = volatilité
Perte permanente = problème de stratégie
Une étude Morningstar illustre cela :
59 % des actions technologiques ont perdu de l’argent sur 5 ans
plus d’1 sur 3 sur 10 ans
Mais :
0 fonds ou ETF tech sur 10 ans ont perdu de l’argent
seulement 16,7 % sur 5 ans
La différence n’est pas le secteur, mais la diversification.
Perspectives
Les fondamentaux restent solides :
croissance des bénéfices estimée à 13 % pour le S&P 500
croissance plus large (pas seulement la tech)
marges élevées
La Fed reste prudente :
inflation liée au pétrole
marge de manœuvre limitée
L’IA continue d’avoir un effet désinflationniste à long terme.
Tolérance au risque
Les périodes de baisse révèlent une vérité importante :
la différence entre le risque que vous pensez tolérer
et celui que vous pouvez réellement supporter
Les pertes sont ressenties plus fortement que les gains (aversion aux pertes).
Si ce trimestre vous a stressé :
c’est une information utile
votre allocation est peut-être trop risquée pour vous
Un bon portefeuille est celui que vous pouvez conserver dans les moments difficiles.
Conclusion
Il existe une différence fondamentale entre :
une correction révélant un problème structurel
et une correction normale du marché
Ce trimestre correspond à la deuxième catégorie.
Les investisseurs disciplinés, restés investis et diversifiés, ont appliqué la meilleure stratégie possible.
La discipline n’est pas passive.
C’est l’une des qualités les plus difficiles en investissement, et l’une des plus récompensées.
Les récents mouvements de marché vous amènent à vous poser des questions sur :
votre portefeuille
votre tolérance au risque
votre plan financier
C’est le bon moment pour réévaluer.
Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel…
Mais la forêt, elle, continue de grandir avec le temps.
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